
Séminaire à Metz
Véritable colonne vertébrale de l'ACF, ce lieu d'études des textes fondamentaux de la psychanalyse est avant tout un moment où des cliniciens et tous ceux qui sont intéressés par le discours analytique peuvent se rencontrer et questionner leurs pratiques professionnelles, institutionnelles, mais aussi éthiques et culturelles. Dans chacune des villes où il se tient, l'équipe en charge lui donne un style et un ton propre.
.Séminaire d'étude à Metz
2026

L'Acte psychanalytique
Ce Séminaire marque un tournant. Il traite d'une question et d'une seule, à laquelle Lacan n'avait jusqu'alors répondu que de biais : qu'est-ce qu'un analyste ? Réponse : c'est un analysant (mot que Lacan substitue à celui d'analysé) qui a mené à son terme l'expérience analytique. Quel est ce terme idéal ? Pour le savoir, il convient d'articuler la logique du parcours d'une analyse. À son commencement, il y a un désir inédit, qui suppose un franchissement, c'est-à-dire un acte, à l'instar de César passant le Rubicon. Cet acte est celui de l'analysant, mais l'acte psychanalytique proprement dit, c'est le psychanalyste qui l'accomplit, en ouvrant à cet analysant le champ dit du « sujet supposé savoir » où se déchiffre l'inconscient. Au terme, le s.s.s. s'évanouit, tandis que l'analyste, son support, est évacué comme le déchet de l'opération, tel Œdipe finissant sa vie les yeux crevés. L'analysé devenu analyste prend son relais. Et pourquoi ? – alors qu'il sait maintenant ce qui l'attend.
Quelques leçons sont consacrées à la logique de la quantification, dont Lacan commence l'exploration, qui débouchera plus tard sur sa théorie de la sexuation.
La conclusion, inopinée, voit Lacan commenter à chaud les événements de Mai 68, contemporains de la fin du Séminaire.
Jacques-Alain Miller.
Le séminaire a lieu traditionnellement les 3e mercredi du mois.
Valérie CHEVASSUS - MARCHIONNI - valerie.marchionni@gmail.com
Nous nous réunissons à la Résidence Pilâtre de Rozier, 2, rue Georges Ducroq à Metz, à 20h30, salle 5.
Voici les dates pour 2026 :
21 janvier, 18 février, 18 mars, 15 avril, 20 mai, 17 juin.
Nous lisons le séminaire XV, L'acte psychanalytique.
Nous consacrons chaque séance à la lecture d'un chapitre. Cette lecture est introduite par un/e des participant/es du séminaire. Cette introduction est suivie d'une discussion entre tous les participants. Chaque mois, nous rédigeons un compte rendu de la séance qui figure sur cette page du site.
Voici deux liens intéressants pour introduire à la lecture de ce séminaire :
https://www.youtube.com/watch?v=hbDZO8kQ5GE
Il s'agit de la présentation du séminaire XV au théâtre de la ville à Paris, qui a eu lieu lors de sa parution en février 2024.
https://www.youtube.com/watch?v=MUfgGovpjKw
Jean-Claude Encalado, membre de l'ECF, propose une présentation du Séminaire XV.

Le 18 février dernier, nous avons lu et discuté le chapitre 10 du Séminaire L'acte psychanalytique.Voici le résumé de la présentation de Dominique Guilleminot :
Qu'est-ce qui amène Lacan dans le chapitre 10 « l'inconscient et la logique » à reprendre cette mise en question d'un concept qu'il a pourtant lui-même fondé, celui de sujet supposé savoir (SSS) ? Il y a quelque chose d'étonnant, de déstabilisant et de paradoxal, il parle même de l'exclure – pour le placer en un lieu marqué par une limite ? Lacan veut rapprocher l'acte analytique de la logique, la logique ayant cet avantage d'exclurele doute, mais cette logique nouvelle n'est pas la logique naturelle aristotélicienne.
L'effort demandé est fait pour permettre psychanalyse de se rapprocher d'un certain statut de science. Cette science psychanalytique (dont il n'a pas encore vraiment accouché) n'est pas « théiste » comme l'est la science newtonienne ou même einsteinienne qui suppose une instance détenant les lois de la nature en attente de leur découverte par l'homme. La « science » psychanalytique serait un savoir à élaborer, à construire. Dans ce contexte, l'acte psychanalytique ne relève pas du domaine de la pensée toujours sujette à des ruminations contradictoires, mais d'un "discours" qui s'articule et est supposé dissiper le doute.
Lacan propose l'appui d'une logique particulière qui n'est pas sans rapport avec celle qui régit le fonctionnement de l'inconscient. Il nous rappelle ce que Freud a observé, remarque reprise dans l'exposé de Jacques Nassif, selon laquelle « l''inconscient ne connaît pas la contradiction ». À partir de cette observation, comment élaborer une logique qui tienne compte de cette caractéristique fondamentale ?
Lacan essaye d'en tirer toutes les conséquences, et cela va l'amener à porter plus loin la logique aristotélicienne qui est la logique naturelle. En effet dans celle-ci la combinaison de 2 négations conduit à un prédicat affirmatif. Or, Lacan va chercher des éléments pour donner à cette double négation une autre issue. Sur quoi s'appuie-t-il dans ce chapitre ?
D'abord, sur la grammaire française, il reprend cette particularité du « ne » explétif.
Celui-ci ressemble fort à la logique de l'inconscient : en effet, tant que la phrase n'est pas achevée, tant que le « ne » n'est pas éventuellement complété par le « pas », on ne peut pas déterminer de façon certaine si la proposition est affirmative ou négative. Le ne explétif tout seul laisseen suspens la décision de l'affirmation de la négation, et cette propriété lui a permis de rester dans l'usage de la langue française comme la marque d'une énonciation, un écho de l'inconscient. On pourrait dire qu'il s'agit là d'une sorte de demi négation qui équivaudrait à une double négation non résolutive dans l'affirmation.
Lacan s'appuie ensuite sur les logiciens de l'époque moderne qui ont prolongé la logique d'Aristote : dans son schéma du cercle à quatre quadrants, Peirce propose qu'il puisse y avoir une zone où l'universel soit sans sujet. Il s'agit de montrer qu'il peut y avoir un universel négatif, soit une zone où il n'y a pas de sujet qui soutienne le prédicat. Lacan fait le rapprochement avec la nuance établie par Aristote entre upokeimenon(le sujet support de l'attribution) et ousia(la substance de l'être). Mitchell à la suite de Peirce introduit l'écriture algébrique des quantificateurs. Il est intéressant de mettre ce chapitre en regard de ce que cela deviendra quatre ans plustard dans l'écriture des formules de la sexuation, car c'est l'application de cette nouvelle logique où le côté féminin découle d'une négation de l'écriture du côté masculin (Lacan restant en cela foncièrement freudien, reprenant le dogme de la castration féminine). Le côté masculin avec l'universel positif de la généralisation de la castration (∀𝑥 𝜙𝑥) et sa particulière négative (∃𝑥 𝑛𝑜𝑛𝜙𝑥) de l'exception paternelle subissent l'opération de la négation pour donner le côté féminin. La négation de l'exception paternelle (∃𝑥 𝑛𝑜𝑛𝜙𝑥) donne côté féminin l'universelle négative (𝑛𝑜𝑛∃𝑥 𝑛𝑜𝑛𝜙𝑥) et la négation de l'universel de la castration (∀𝑥 𝜙𝑥) donne la particulière positive de l'exception féminine (𝑛𝑜𝑛∀ 𝜙𝑥). C'est la façon lacanienne d'écrire dans une algèbre logique par l'opération de la négation ce qui donne le principe du féminin. La répartition classique d'Aristote AEIO est modifiée en AEOI, mais les rapports de contraire et de subalterne sont repris.
Enfin Lacan nous propose un dernier appui fondé sur la clinique : dans le rapport (forcément) œdipien de l'homme et de la femme, il convient de distinguer les dimensions métaphorique et métonymique, la métaphore de l'universel de l'amour unifiant se distingue de la particularité de la relation à l'autre comme partie de ce tout soit comme objet de celui-ci. Universelle et particulière ne s'annulent pas.
****
Retrouvons-nous le mercredi 18 mars à la Résidence Pilâtre de Rozier à 20h30. Nous lirons et discuterons ensemble le chapitre 11 : Aperçus de la quantification, p. 195 du Séminaire L'Acte psychanalytique.
Chacun des participants pourra faire part de ses remarques, de ses interrogations, de ses difficultés de lecture, de ses réflexions.

Chapitre XI : Aperçus sur la quantification
Dans ce chapitre, Lacan poursuit son effort d'élaboration autour du « mystère des relations de l'universel et du particulier. » (p. 198) Il continue de chercher un fil, « un guide exemplificateur » (p. 200) au niveau de la logique. Pour ce faire il va introduire les quantificateurs. Triturant tous les ressorts de la négation en français en s'appuyant sur l'ouvrage des grammairiens Pichon et Damourette qu'il affectionne, il arrive à la conclusion que la double négation n'équivaut pas à une affirmation, mais qu'elle sert à « assurer le passage de l'universel au particulier. » (p. 202) Si Lacan s'interroge sur l'opération quantificatrice, c'est entre autres parce qu'elle lui permet de faire le lien avec d'une part la contradiction et d'autre part la position d'exception. « L'inconscient ne connaît pas la contradiction. » : cette phrase de Freud qu'il a extraite de l'exposé de Jacques Nassif l'amène à mettre l'accent sur l'intérêt que les psychanalystes doivent porter à la contradiction. L'universelle affirmative d'Aristote : « Tout homme est sage » a pour contradictoire la particulière négative « Quelque homme n'est pas sage » que Lacan écrit « Il est homme tel qu'il ne soit pas sage » qui correspond à l'état d'exception, lequel lui servira dans l'élaboration de ses formules de la sexuation.
L'opération quantificatrice de Lacan se distingue de la logique d'Aristote car à la place du sujet grammatical, Lacan met le sujet divisé, « division du sujet en tant qu'il parle, du sujet de l'énonciation et sujet de l'énoncé. » (p. 205) Il y a toujours une distance entre l'énonciation et l'énoncé, cette distance est qualifiée par Lacan de « fissure ». Cette fissure, l'analyste doit la repérer, du fait de sa position, « en deçà de la tentative de capture de l'énonciation par les réseaux de l'énoncé. » (p. 208) La position de l'analyste est à préciser à partir de l'énoncé de Lacan « L'inconscient est structuré comme un langage », énoncé qui est aussi supposément une énonciation, car Lacan qualifie d' « isomorphe » à l'inconscient son discours sur l'inconscient, différemment du discours freudien avec son sens plein et sa recherche de scientificité. Ainsi, pour Lacan, la phrase du linguiste Noam Chomsky, « colourless green ideas sleep furiously », grammaticalement correcte mais sémantiquement absurde, fait aussi sens au regard de l'inconscient. On peut se référer au chapitre I du séminaire XII Problèmes cruciaux (p. 11), qui débute par cette même phrase de Chomsky, où Lacan montre qu'une chaîne signifiante, pourvu qu'elle soit grammaticale, engendre une signification, mais « n'importe laquelle », donc possiblement insensée pour la raison. Ce que l'analyste doit être, conclut Lacan, c'est le « support subjectif » du discours analytique, en assumant aussi sa division en tant que sujet.
Valérie Chevassus-Marchionni
Nous nous retrouverons le mercredi 15 avril à la Résidence Pilâtre de Rozier, 2, rue Georges Ducroq à Metz à 20h30 pour discuter ensemble autour de la lecture du Chapitre XII, « Du tout à l'objet a. (Séance du 13 mars 1968)
Valérie Marchionni en proposera une présentation.
